MONDIAL 2026 : LA FORTERESSE AMÉRICAINE SE REFERME SUR LES DÉLÉGATIONS AFRICAINES
Visas refusés, vols retardés, officiels bloqués au sol : à dix jours du coup d'envoi, le rêve africain se heurte aux murs consulaires des États-Unis.

À dix jours du coup d'envoi de la Coupe du monde 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique, une réalité amère s'impose aux nations africaines qualifiées : obtenir un visa américain relève du parcours du combattant. Première victime emblématique, l'Afrique du Sud a vu son vol charter officiel immobilisé sur le tarmac de Johannesburg en raison de blocages administratifs dans la délivrance des visas. Au terme d'intenses tractations diplomatiques, la majeure partie de la délégation des Bafana Bafana a finalement embarqué — non sans laisser sur le sol africain quatre membres essentiels du staff technique, dont le sélectionneur adjoint, le médecin de l'équipe et le responsable de la sécurité. Des profils dont l'absence au sein d'une délégation officielle n'est pas sans conséquences sur la préparation d'une équipe à dix jours d'une compétition mondiale.
Le Sénégal n'est pas épargné. La Fédération sénégalaise de football a vu ses demandes groupées se heurter aux refus des services consulaires américains : huit officiels et membres de l'instance dirigeante ont été privés de visas, compromettant directement la préparation opérationnelle des Lions, tenant du titre africain et l'une des sélections les plus attendues de cette édition.
Cinq pays africains dans le collimateur américain
Ces incidents ne tombent pas du ciel. Ils s'inscrivent dans une politique migratoire américaine qui, depuis plusieurs mois, soumet les ressortissants de plusieurs pays jugés « à risque migratoire » à des conditions d'obtention de visa particulièrement restrictives. Cinq nations africaines qualifiées pour ce Mondial sont directement concernées : l'Algérie, le Cabo Verde, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et la Tunisie. Leurs supporters — et dans certains cas leurs délégations officielles — ont dû faire face à des cautions financières pouvant atteindre 15 000 dollars pour un adulte et 5 000 dollars pour un mineur, avant même que leur dossier soit examiné.
Washington avait annoncé, dans un geste présenté comme diplomatique, la levée de ces cautions pour les cinq pays concernés. Une mesure saluée dans un premier temps, mais dont l'application sur le terrain révèle une tout autre réalité. Les vérifications pointilleuses, les délais anormalement longs et les refus non motivés persistent dans les consulats américains en Afrique. Comme si la circulaire et la pratique consulaire parlaient deux langues différentes.
À noter : le Maroc, autre qualifié africain, ne figurait pas sur la liste des pays soumis à la caution. Un traitement différencié qui n'a pas manqué de nourrir des interrogations sur les critères réels d'une telle politique.
Dix équipes africaines, une seule chance continentale
Ce Mondial 2026 représente pourtant une opportunité historique pour le football africain. Pour la première fois, le format élargi à 48 équipes a permis à la Confédération africaine de football d'obtenir dix places — et ses membres ont toutes su les convertir. Maroc, Algérie, Sénégal, Égypte, Tunisie, Côte d'Ivoire, Ghana, Afrique du Sud, République démocratique du Congo et Cabo Verde : c'est la représentation la plus large jamais obtenue par le continent dans une Coupe du monde. Une avancée historique dont les délégations africaines méritaient de préparer la compétition dans la sérénité, et non dans les antichambres consulaires.
Car derrière l'absurdité administrative se pose une question politique d'une gravité réelle. Si des officiels accrédités par la FIFA, munis de passeports diplomatiques et de lettres d'invitation en bonne et due forme, se voient refuser l'entrée sur le territoire américain, que dire des centaines de milliers de supporters africains qui espéraient rejoindre les stades des États-Unis pour soutenir leurs équipes nationales ? La réponse est dans les chiffres : des milliers de billets achetés, des voyages annulés, des familles désorganisées et des rêves de tribunes brisés par un tampon d'ambassade.
La FIFA, co-organisatrice de l'événement aux côtés des États-Unis, du Canada et du Mexique, n'a formulé aucune réponse publique sur ces dysfonctionnements. Une silence assourdissant de la part d'une institution qui se targue de promouvoir le football comme « langage universel ».
Le Mondial 2026 s'annonce comme le plus grand de l'histoire par le nombre de participants. Il risque également d'entrer dans les annales comme celui où l'Afrique — mieux représentée que jamais sur le papier — a dû batailler pour le droit élémentaire d'y être physiquement présente. Un comble pour un continent qui a toujours offert au football mondial certains de ses plus grands joueurs, de ses plus belles émotions et de ses plus fermes supporters.
La forteresse américaine s'est ouverte pour la Coupe du monde. Pas pour tout le monde.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
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