Politique
L’IPSA, une boussole pour la science politique mondiale : de la reconstruction post-guerre au grand virage géopolitique du XXIe siècle
Séoul, 21 juillet 2025 | Par Kouachiada, correspondant en Allemagne
Du 12 au 17 juillet 2025, la capitale sud-coréenne, Séoul, a accueilli le 28ᵉ Con...
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Séoul, 21 juillet 2025 | Par Kouachiada, correspondant en Allemagne
Professeure Aïssa Halidou lors de son intervention au Congrès mondial de l’IPSA 2025 à Séoul( Corée du Sud)[/caption]
Sa présentation, intitulée :
« *Democracy and Military Coups in the Sahel*/L’influence de l’héritage colonial et de l’insécurité sur la démocratie au Sahel et en Afrique francophone »,
a suscité de riches échanges sur les limites structurelles des modèles démocratiques importés.
Elle y a analysé les récents coups d’État au Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée, Tchad et Gabon, en soulignant trois facteurs majeurs :
• l’insécurité chronique, notamment dans les zones frontalières ;
• la persistance d’un héritage colonial français, tant dans les institutions que dans les logiques de pouvoir ;
• l’effondrement de la légitimité démocratique, sapée par des processus électoraux perçus comme déconnectés des réalités sociales.
S’appuyant sur une revue systématique de données historiques et politiques, enrichie d’entretiens avec politologues, journalistes, militaires et membres de la société civile, la professeure Halidou a souligné que dans certains contextes, les régimes militaires sont perçus comme des transitions provisoires vers une souveraineté effective.
Conclusion de son intervention :
Pour mieux comprendre la situation au Sahel, la recherche en sciences politiques doit tenir compte de trois aspects fondamentaux :
• le contexte régional et l’héritage colonial,
• les valeurs sociales portées par les communautés locales,
• et les aspirations profondes des peuples à la sécurité, à la justice sociale et à une gouvernance légitime.
Les grands axes du congrès : redéfinir les fondements de la discipline
Plusieurs thématiques structurantes ont traversé les cinq jours du congrès :
• les crises de la représentation et de la participation ;
• l’essor des populismes autoritaires ;
• les mouvements féministes et LGBTQ+ dans des régimes illibéraux ;
• la gouvernance climatique et les politiques migratoires ;
• les usages politiques de l’intelligence artificielle ;
• l’avenir de l’université dans un contexte de marchandisation du savoir.
De nombreux panels ont été consacrés à l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie centrale et à la Palestine. Des formats alternatifs ont permis une production collaborative et horizontale du savoir, remettant en question la hiérarchie universitaire classique.
[caption id="attachment_41387" align="aligncenter" width="300"]
Photo de famille de certains congressistes avec Professeure Aïssa Halidou[/caption]
L’IPSA à l’écoute des défis du XXIᵉ siècle
Lors de la cérémonie de clôture, la présidente de l’IPSA, la professeure Diane Panke (Université de Freiburg), a annoncé plusieurs mesures stratégiques :
• la révision du code éthique de l’organisation ;
• un accroissement du soutien financier aux chercheurs du Sud ;
• la création d’un observatoire international sur les menaces pesant sur la liberté académique.
Elle a également confirmé que le prochain congrès mondial se tiendra en 2027 à Rome, en Italie, et non sur le continent africain comme certains l’espéraient.
Une science politique plurielle, critique et engagée
À l’issue de ce congrès 2025, un consensus s’est dégagé : la science politique doit se décentrer, se décoloniser et se réancrer dans la pluralité des expériences humaines.
Face aux défis démocratiques, environnementaux, sécuritaires et technologiques contemporains, elle doit retrouver sa vocation première : être une boussole critique au service des peuples, des droits humains et de la paix durable.
L’intervention de la professeure Halidou, comme celles de nombreux chercheurs du Sud, a résonné comme un appel à renouveler profondément les cadres de pensée dominants. Le monde est multiple. Les formes de gouvernance le sont aussi. La science politique doit en être le miroir.
©️ Kouachiada pour AkondaNews – 2025
Reproduction, diffusion ou citation interdites sans autorisation écrite.
Du 12 au 17 juillet 2025, la capitale sud-coréenne, Séoul, a accueilli le 28ᵉ Congrès mondial de science politique, organisé par l’Association Internationale de Science Politique (IPSA). Ce rendez-vous majeur a rassemblé plus de 3 000 politologues et spécialistes des sciences politiques venus de plus de 120 pays, faisant de cette édition l’une des plus inclusives, dynamiques et critiques de l’histoire récente de l’organisation.
L’ouverture officielle s’est tenue en présence du président sud-coréen Lee Jae Myung, de Ban Ki-moon, ancien Secrétaire général des Nations unies (2007–2016) et président actuel du Ban Ki-moon Centre for Global Citizens, ainsi que de nombreuses délégations universitaires, diplomatiques et institutionnelles. L’IPSA : un acteur historique du dialogue scientifique international Fondée en 1949 à l’initiative de l’UNESCO, l’IPSA est née dans un contexte de reconstruction morale et intellectuelle du monde d’après-guerre. Dès ses débuts, elle s’est donnée pour mission de promouvoir une science politique pluraliste, indépendante et enracinée dans les réalités locales, alors que se profilait la guerre froide. Basée à Montréal, l’organisation regroupe aujourd’hui plus de 50 associations nationales, telles que la Japan Political Science Association, l’African Association of Political Science, l’APSA (États-Unis) ou l’AFSP (France). Ses congrès mondiaux biennaux constituent des temps forts de la discipline. Le 27ᵉ congrès s’était tenu à Buenos Aires, en Argentine, en 2023. Avant Séoul, les éditions précédentes avaient été accueillies dans des villes symboliques telles que Rio, Beijing, Durban, Istanbul ou Madrid. Séoul 2025 : pluralité, désoccidentalisation et justice épistémique Le congrès de Séoul a été pensé comme un moment de rééquilibrage géopolitique et épistémique, dans un monde confronté à : • la montée des régimes autoritaires ou militaires, en Afrique et en Asie notamment ; • le repli des démocraties libérales ; • le recul des libertés académiques ; • et les revendications croissantes pour une démocratie réellement participative et décolonisée. Une attention particulière a été portée à la diversité des panels, à l’usage des langues régionales, au soutien aux jeunes chercheurs, ainsi qu’à la valorisation des savoirs produits dans les pays du Sud. Trois grands halls d’exposition ont accueilli les principales maisons d’édition spécialisées en science politique, relations internationales et géopolitique, mettant en avant leurs dernières publications académiques. L’intervention remarquée de la professeure Aïssa Halidou sur la démocratie au Sahel Parmi les interventions les plus remarquées figure celle de la professeure Aïssa Halidou, épidémiologiste, socio-économiste, politologue, ancienne enseignante-chercheuse à Sciences Po Paris, et actuellement professeure invitée à l’IGAA et à l’IPATC de l’Université de Johannesburg, institution au nom de laquelle elle participait au congrès. [caption id="attachment_41389" align="aligncenter" width="300"]
Professeure Aïssa Halidou lors de son intervention au Congrès mondial de l’IPSA 2025 à Séoul( Corée du Sud)[/caption]
Sa présentation, intitulée :
« *Democracy and Military Coups in the Sahel*/L’influence de l’héritage colonial et de l’insécurité sur la démocratie au Sahel et en Afrique francophone »,
a suscité de riches échanges sur les limites structurelles des modèles démocratiques importés.
Elle y a analysé les récents coups d’État au Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée, Tchad et Gabon, en soulignant trois facteurs majeurs :
• l’insécurité chronique, notamment dans les zones frontalières ;
• la persistance d’un héritage colonial français, tant dans les institutions que dans les logiques de pouvoir ;
• l’effondrement de la légitimité démocratique, sapée par des processus électoraux perçus comme déconnectés des réalités sociales.
S’appuyant sur une revue systématique de données historiques et politiques, enrichie d’entretiens avec politologues, journalistes, militaires et membres de la société civile, la professeure Halidou a souligné que dans certains contextes, les régimes militaires sont perçus comme des transitions provisoires vers une souveraineté effective.
Conclusion de son intervention :
Pour mieux comprendre la situation au Sahel, la recherche en sciences politiques doit tenir compte de trois aspects fondamentaux :
• le contexte régional et l’héritage colonial,
• les valeurs sociales portées par les communautés locales,
• et les aspirations profondes des peuples à la sécurité, à la justice sociale et à une gouvernance légitime.
Les grands axes du congrès : redéfinir les fondements de la discipline
Plusieurs thématiques structurantes ont traversé les cinq jours du congrès :
• les crises de la représentation et de la participation ;
• l’essor des populismes autoritaires ;
• les mouvements féministes et LGBTQ+ dans des régimes illibéraux ;
• la gouvernance climatique et les politiques migratoires ;
• les usages politiques de l’intelligence artificielle ;
• l’avenir de l’université dans un contexte de marchandisation du savoir.
De nombreux panels ont été consacrés à l’Afrique, l’Amérique latine, l’Asie centrale et à la Palestine. Des formats alternatifs ont permis une production collaborative et horizontale du savoir, remettant en question la hiérarchie universitaire classique.
[caption id="attachment_41387" align="aligncenter" width="300"]
Photo de famille de certains congressistes avec Professeure Aïssa Halidou[/caption]
L’IPSA à l’écoute des défis du XXIᵉ siècle
Lors de la cérémonie de clôture, la présidente de l’IPSA, la professeure Diane Panke (Université de Freiburg), a annoncé plusieurs mesures stratégiques :
• la révision du code éthique de l’organisation ;
• un accroissement du soutien financier aux chercheurs du Sud ;
• la création d’un observatoire international sur les menaces pesant sur la liberté académique.
Elle a également confirmé que le prochain congrès mondial se tiendra en 2027 à Rome, en Italie, et non sur le continent africain comme certains l’espéraient.
Une science politique plurielle, critique et engagée
À l’issue de ce congrès 2025, un consensus s’est dégagé : la science politique doit se décentrer, se décoloniser et se réancrer dans la pluralité des expériences humaines.
Face aux défis démocratiques, environnementaux, sécuritaires et technologiques contemporains, elle doit retrouver sa vocation première : être une boussole critique au service des peuples, des droits humains et de la paix durable.
L’intervention de la professeure Halidou, comme celles de nombreux chercheurs du Sud, a résonné comme un appel à renouveler profondément les cadres de pensée dominants. Le monde est multiple. Les formes de gouvernance le sont aussi. La science politique doit en être le miroir.
©️ Kouachiada pour AkondaNews – 2025
Reproduction, diffusion ou citation interdites sans autorisation écrite.Tags :Politique
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