LE MAROC DÉTRÔNE L'AFRIQUE DU SUD ET DEVIENT LA PREMIÈRE PUISSANCE INDUSTRIELLE D'AFRIQUE
Un basculement historique révélé par la BAD à Brazzaville — l'automobile, l'aéronautique et les phosphates ont fait la différence

C'est un séisme silencieux mais d'une portée considérable. Pour la première fois depuis que la Banque africaine de développement (BAD) compile ses indicateurs industriels, le Maroc dépasse l'Afrique du Sud et s'impose comme la première économie industrielle du continent africain. L'annonce a été faite le 26 mai 2026 à Brazzaville, en marge des Assemblées annuelles 2026 de la BAD, avec la publication de l'Indice d'industrialisation en Afrique 2025. Le Maroc y obtient un score de 0,8415 points, contre 0,8396 pour l'Afrique du Sud — un écart infime, mais historiquement décisif. L'Égypte complète le podium. L'Afrique du Sud, qui occupait la tête de ce classement depuis 2010, cède donc sa couronne après quinze ans de domination incontestée.
Les architectes de cette révolution industrielle silencieuse sont bien identifiés. L'automobile est en tête. Le Maroc abrite désormais les plus grandes usines automobiles du continent, implantées à Tanger et à Kénitra. Les exportations du secteur ont atteint 4,57 milliards de dollars à fin mars 2026, faisant du Royaume le plus grand producteur automobile d'Afrique. Renault et Stellantis y assemblent des centaines de milliers de véhicules par an, destinés principalement aux marchés européens. À cette locomotive automobile s'ajoute un secteur aéronautique en plein essor, avec plus de 140 entreprises installées autour du hub de Casablanca, fournissant des équipementiers comme Airbus et Boeing. Le géant des phosphates OCP, numéro un mondial de la fertilisation, constitue le troisième pilier de cette puissance, transformant sur place une ressource naturelle que le continent exporte trop souvent brute.
La BAD attribue ce basculement à trois facteurs structurels : la modernisation soutenue de l'appareil productif marocain, la diversification de ses exportations et la cohérence de sa politique industrielle sur deux décennies. La stabilité politique du Royaume, associée à des infrastructures portuaires et logistiques parmi les plus performantes du continent, a permis d'attirer des investissements directs étrangers de manière régulière et croissante. L'Afrique du Nord capte ainsi 56 % de l'investissement industriel continental cumulé entre 2020 et 2025, le Maroc et l'Égypte en première ligne.
L'Afrique du Sud, de son côté, conserve une base manufacturière historique puissante dans la sidérurgie, l'automobile et les mines. Mais les coupures d'électricité chroniques, les dysfonctionnements logistiques du port de Durban et une instabilité sociale persistante ont rogné sa compétitivité année après année. Ce n'est pas le Maroc qui a soudainement bondi — c'est l'Afrique du Sud qui s'est progressivement essoufflée. Ce classement envoie un message fort à l'ensemble du continent : l'industrialisation ne se décrète pas, elle se construit patiemment, par des politiques cohérentes, des investissements massifs dans la formation et un environnement favorable aux affaires. Le Maroc en offre aujourd'hui la démonstration la plus éloquente.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan
Commentaires (0)
Articles liés

FOOTBALL EUROPÉEN : LA SAISON DES FINALES, L'HEURE DES BILANS

KENYA : L'INCENDIE DE GILGIL MET À NU LES FAILLES MORTELLES DES INTERNATS AFRICAINS

IRAN-ÉTATS-UNIS : UN ACCORD EN SUSPENS QUI POURRAIT CHANGER LA FACE DU MONDE
