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Dekpaï Jean, entre lucidité critique et rigueur blessée

Parmi les bruissements d’opinions qui agitent les réseaux sociaux, il arrive parfois qu’un texte sorte du lot par la force de sa posture. Le texte de...
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Dekpaï Jean, entre lucidité critique et rigueur blessée

Parmi les bruissements d’opinions qui agitent les réseaux sociaux, il arrive parfois qu’un texte sorte du lot par la force de sa posture. Le texte de Dekpaï Jean n’est pas simplement une réponse à une critique ; c’est une profession de foi intellectuelle, un rappel ferme – presque professoral – des exigences de tout débat sérieux autour du développement économique et de la vie politique.

« Je suis inculte ? » C’est avec cette question rhétorique que s’ouvre la tirade. Elle claque comme une gifle, non pas dirigée vers quelqu’un en particulier, mais comme un écho de toutes les fois où l’on a voulu disqualifier la pensée critique en la traitant d’amère ou d’irrespectueuse. Dekpaï Jean ne fait pas dans la demi-mesure. Il se défend avec énergie, mais surtout avec méthode. Ce n’est pas un cri de colère ; c’est un plaidoyer pour la rigueur. Installé en Allemagne depuis plus de trois décennies, après un passage à l’Université Félix Houphouët-Boigny, Dekpaï revendique cette double culture : celle du militant africain lucide et celle du citoyen occidental formé à la confrontation des idées. Pour lui, la critique n’est pas un crime, mais une hygiène intellectuelle. Et c’est précisément ce qui semble lui manquer chez ses interlocuteurs : la capacité à accepter qu’un texte puisse être déconstruit, évalué, mis en question sans que cela ne soit vécu comme une agression. Son principal grief est clair : on ne peut pas se prétendre analyste politique ou économique tout en servant un propos biaisé, creux, voire propagandiste. À ses yeux, défendre un bilan – celui du président Ouattara, en l’occurrence – sans nuance, sans recul, sans référence méthodologique, c’est faire insulte à la vérité économique et à la souffrance réelle des populations. Mais Dekpaï va plus loin. Il dénonce ce qu’il appelle un danger : le militantisme aveugle. Celui qui transforme un citoyen en automate partisan, incapable de s’interroger sur les choix de son propre camp. Il oppose à cela une vision plus mature de l’engagement : celle qui sait dire non à ses alliés quand les choix qu’ils posent desservent le bien commun. C’est un appel à la responsabilité politique, rare dans un contexte ivoirien souvent miné par les clivages émotionnels et les fidélités irrationnelles. Certes, le ton est parfois sec, un brin suffisant. Dekpaï ne se cache pas derrière les précautions de langage. Il tranche, il affirme, il corrige. Il tend la main, certes, mais une main ferme, exigeante, presque professorale : « Cela peut m’inciter à lui enseigner… » écrit-il. Et dans ce « enseigner », il y a à la fois l’ouverture au dialogue et la revendication d’une autorité intellectuelle. On peut ne pas être d’accord avec tout. Mais on ne peut nier à Dekpaï Jean la cohérence de sa pensée, la droiture de son raisonnement, et la rareté de cette voix qui croit encore à la vertu des faits, à la noblesse du débat argumenté. Son texte est plus qu’un droit de réponse ; c’est un rappel salutaire que penser exige du courage, et que débattre, c’est aussi savoir dire les choses qui fâchent, sans insulter, mais sans fléchir. ElloMarie, conscience africaine, analyste politique et contributeur à Akondanews Akondanews.net
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