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Crise à Yopougon-Kouté : entre dénonciations publiques et appel à la réconciliation, le village cherche la paix
Le samedi 26 avril 2025, la génération Tchagba de Yopougon-Kouté a organisé une conférence de presse d’alerte pour dénoncer une crise sociopolitique e...
AkondaNews4 min de lecture
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Le samedi 26 avril 2025, la génération Tchagba de Yopougon-Kouté a organisé une conférence de presse d’alerte pour dénoncer une crise sociopolitique et coutumière qui, selon ses membres, mine la cohésion sociale et freine le développement du village. Dans une déclaration au ton grave, le porte-parole Bessé Gouédan Hyacinthe a exprimé un profond « ras-le-bol » face à une gouvernance jugée illégitime et oppressive, incarnée par l’actuelle chefferie dirigée par M. Apiti Clément Apiti.
Les organisateurs ont accusé la chefferie actuelle, issue de la génération Blessoué, d’avoir été installée en violation des us et coutumes atchans. « Depuis 2018, ces derniers se réclament des Tchagba alors que cette génération avait effectué sa Fatchué en 1996 », a rappelé le doyen Yapi Djoman Martin, pointant une manipulation de l’alternance générationnelle traditionnelle. L’arrêté préfectoral délivré en juin 2023 par le Préfet d’Abidjan à M. Apiti est perçu comme une entorse aux règles coutumières. Pour les contestataires, les effets de cette installation sont dévastateurs : interdictions de réunion, sanctions financières abusives, blocage d’accès au cimetière pour les familles récalcitrantes, et surtout, une gestion opaque des ressources communautaires. « Le village génère environ 200 millions de F CFA par an, mais aucun compte bancaire n’est ouvert. L’argent est conservé chez un particulier », a dénoncé le porte-parole. Plusieurs cas précis ont été exposés, notamment l’exclusion du doyen Baedan Dogbo Paul des réunions du village, ou encore les sommes exigées pour l’inhumation de proches, allant jusqu’à 2,5 millions de F CFA. Pour les intervenants, « la chefferie actuelle utilise la division pour régner » et confisque la parole aux doyens, gardiens de la tradition. À la fin de la conférence, les membres de la génération Tchagba ont annoncé plusieurs mesures de résistance pacifique : refus de payer l’accès au cimetière, exigence d’une gestion bancaire des finances, réhabilitation des personnes sanctionnées et publication des contrats fonciers. « Trop c’est trop. La récréation est terminée », ont-ils martelé, appelant l’ensemble du village à rejoindre leur mouvement pour restaurer la convivialité et la transparence. Deux jours plus tard, le lundi 28 avril 2025, le porte-parole du chef Apiti Clément Apiti, M. Agbassi Djoman Timothée, a convoqué la presse dans les locaux de la chefferie. D’entrée, il a tenu à rappeler que « l’arrêté préfectoral du 26 juin 2023 est le fruit de consultations populaires » et qu’après sa reconnaissance officielle, « le chef a tendu la main aux opposants, qui ont préféré alimenter le conflit ». Selon lui, les critiques portées contre la chefferie relèvent davantage d’un rejet du changement que d’un réel souci de respect des traditions. « Certains regrettent une époque révolue et refusent la modernisation de la gouvernance villageoise. Le chef représente l’avenir, pas la gérontocratie », a-t-il affirmé. Sur les accusations de mauvaise gestion et de perception d’amendes injustifiées, M. Djoman a répondu : « Les amendes existent dans toutes les chefferies, ce sont des mesures dissuasives, pas des sanctions pénales. Ceux qui s’en plaignent aujourd’hui oublient qu’ils en imposaient autrefois eux-mêmes. » Concernant la situation financière, le porte-parole a assuré qu’un bilan est fait chaque année publiquement le 25 décembre, et que ceux qui s’abstiennent d’y participer n’ont pas légitimité à contester les décisions. Il a également accusé certains leaders de l’opposition, dont M. Diaba, de bloquer des dossiers fonciers stratégiques pour des intérêts personnels. Enfin, sur la procédure judiciaire en cours, il a noté que le Conseil d’État, saisi tardivement en janvier 2024, rendra sa décision le 30 avril, tout en doutant de la recevabilité du recours. « Quoi qu’il en soit, nous restons ouverts au dialogue, mais pas à la diffamation. Si les attaques continuent, nous porterons l’affaire devant la justice. » À trois jours de la décision du Conseil d’État, la tension est palpable à Yopougon-Kouté. Entre une chefferie qui se dit légitime et progressiste, et des opposants qui revendiquent la restauration des normes traditionnelles, le village est à la croisée des chemins. Reste à savoir si la décision juridique à venir saura réconcilier les camps ou creuser davantage les lignes de fracture. Dans un contexte national sensible, à l’approche d’échéances électorales, nombreux sont ceux qui espèrent voir Yopougon-Kouté renouer avec la paix, dans le respect des traditions et la transparence de la gouvernance. Serge Kpan, Correspondant à Abidjan Akondanews.netTags :AfriqueSociété
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