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XÉNOPHOBIE EN AFRIQUE DU SUD : LE GHANA RAPATRIE SES RESSORTISSANTS, L'AFRIQUE INTERPELLÉE

Près de 300 Ghanéens évacués, 800 en attente de retour — derrière les chiffres, des vies brisées et un mal continental qui ne guérit pas

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XÉNOPHOBIE EN AFRIQUE DU SUD : LE GHANA RAPATRIE SES RESSORTISSANTS, L'AFRIQUE INTERPELLÉE

Un avion a atterri à Accra le mercredi 27 mai 2026 avec à son bord 26 ressortissants ghanéens détenus en Afrique du Sud pour infraction aux règles de visa. Accueillis par le ministre ghanéen des Affaires étrangères dans une ambiance mêlant soulagement et colère, ils sont les premiers d'une longue liste. Selon les autorités d'Accra, près de 800 Ghanéens s'apprêtent à quitter l'Afrique du Sud dans les prochains jours, dont près de 300 ont déjà regagné leur pays. Le gouvernement ghanéen a annoncé une aide financière et un accompagnement psychosocial pour leur réintégration.

Derrière les chiffres, ce sont des trajectoires personnelles qui s'effondrent. L'un des rapatriés décrit avoir perdu son salon de coiffure installé dans un conteneur de 40 pieds, vandalisé lors des récentes émeutes. D'autres témoignent de nuits passées à fuir, de commerces pillés, de quartiers entiers livrés à la violence. La diffusion sur les réseaux sociaux d'une vidéo montrant l'agression présumée d'un ressortissant ghanéen a mis le feu aux poudres à Accra, forçant le gouvernement à agir en urgence. Le Nigeria et la République démocratique du Congo ont également renforcé leur dispositif sécuritaire pour protéger leurs diasporas. Kinshasa a publiquement tenté de rassurer ses ressortissants encore sur place.

La crise n'est pas nouvelle, mais elle s'intensifie. Depuis fin mars 2026, une vague de violences xénophobes secoue les townships de Durban, du KwaZulu-Natal, du Gauteng et du Cap-Occidental. Des commerces tenus par des étrangers africains ont été incendiés, des migrants pourchassés dans les rues. Des groupes nationalistes locaux réclament des contrôles renforcés à l'entrée du pays, accusant les étrangers de « voler les emplois » et de nourrir la criminalité. Un ultimatum fixé au 30 juin 2026 a même été lancé par certains de ces groupes pour l'expulsion des sans-papiers, faisant craindre une nouvelle escalade.

Pourtant, les études économiques le répètent : aucune preuve empirique ne lie l'immigration à la hausse du chômage ou de la criminalité en Afrique du Sud. Le vrai problème est structurel. Avec un taux de chômage officiellement supérieur à 32 %, une pauvreté touchant plus de la moitié de la population et des inégalités parmi les plus élevées du monde, l'Afrique du Sud n'a jamais véritablement réglé les fractures héritées de l'apartheid. Les migrants africains, souvent les plus visibles dans les quartiers populaires parce qu'ils tiennent de petits commerces, deviennent les boucs émissaires d'une crise que trente ans de démocratie n'ont pas su résoudre.

Ce cycle de violences qui se répète depuis 2008 pose une question douloureuse à tout le continent : comment un pays qui s'est construit sur la lutte contre la discrimination raciale peut-il tolérer que ses frères africains soient chassés à coups de machettes dans ses rues ? La « Nation Arc-en-ciel » vantée par Nelson Mandela n'a jamais semblé aussi lointaine. Et le silence des institutions continentales, à commencer par l'Union africaine, face à ces épisodes récurrents, reste une blessure que le discours panafricain peina encore à cicatriser.

Loumoo Akondanews.net — Kinshasa

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