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AES – Russie : Coopérations bilatérales ou diplomatie commune ?

La récente annonce d’un futur accord entre le Burkina Faso et la Fédération de Russie, destiné à renforcer leur coopération dans des secteurs clés tel...
AkondaNews3 min de lecture
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AES – Russie : Coopérations bilatérales ou diplomatie commune ?

La récente annonce d’un futur accord entre le Burkina Faso et la Fédération de Russie, destiné à renforcer leur coopération dans des secteurs clés tels que l’énergie, l’agriculture et la santé, relance une question centrale : les États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) parlent-ils d’une seule voix sur la scène internationale, ou poursuivent-ils des trajectoires diplomatiques distinctes, selon leurs intérêts propres ?

Cette interrogation, loin d’être anecdotique, touche au cœur du projet AES, souvent présenté comme le symbole d’une souveraineté retrouvée face aux anciennes puissances coloniales, et comme un modèle alternatif de gouvernance sécuritaire et diplomatique au Sahel. Un rêve panafricain face à la réalité des agendas nationaux L’AES, alliance formée en septembre 2023 par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, avait suscité un grand espoir parmi les panafricanistes. Beaucoup y voyaient les prémices d’une construction régionale ambitieuse, centrée sur l’autonomie sécuritaire, la rupture avec la CEDEAO, et une diplomatie plus indépendante, notamment tournée vers des partenaires comme la Russie, la Chine ou la Turquie. Mais les faits récents témoignent d’une autre réalité : chacun des États membres continue de nouer ses alliances de manière bilatérale, sans véritable coordination multilatérale au sein de l’AES. L’exemple burkinabè est frappant. Le projet de mise en place d’une commission intergouvernementale avec la Russie, annoncé publiquement par le ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean Marie Traoré, n’a pas fait l’objet d’une déclaration commune au sein de l’AES. Cela suggère que, malgré les discours, la diplomatie collective reste largement embryonnaire. Le cas du Niger : vers une prudente autonomie diplomatique ? Au Niger, des signaux montrent que la transition militaire, dirigée par le CNSP, préfère garder une marge de manœuvre diplomatique, notamment dans ses relations avec la Russie. Bien qu’il existe une coopération sécuritaire active entre Niamey et Moscou, plusieurs sources proches du pouvoir affirment que le Niger reste réservé face à l’idée d’une diplomatie unifiée dans le cadre de l’AES, notamment sur les grandes orientations stratégiques. Cette posture pourrait s’expliquer par des considérations tactiques : préserver l’équilibre des partenariats internationaux, ménager les bailleurs arabes et asiatiques, et surtout éviter une dépendance excessive vis-à-vis d’un acteur unique comme la Russie. Diplomatie collective ou coordination de façade ? Ces divergences posent une question de fond : l’AES est-elle conçue pour être une organisation de coopération souple, où chaque État reste libre de ses choix, ou un véritable bloc géopolitique, capable de se doter d’une diplomatie commune ? L’absence de déclaration commune, de porte-parole unifié ou de cadre institutionnel multilatéral pour gérer les grandes alliances internationales semble indiquer que l’AES n’a pas encore franchi le cap de la diplomatie intégrée. Et cela pourrait affaiblir sa crédibilité sur la scène internationale. Une désillusion en germe pour les peuples du Sahel ? Les peuples du Sahel, et plus largement les panafricanistes, ont accueilli la création de l’AES avec enthousiasme. Elle représentait, à leurs yeux, un tournant historique, une rupture avec les modèles hérités de la colonisation et un espoir de souveraineté partagée. Mais si cette alliance se limite à une coopération militaire et à une sortie symbolique de la CEDEAO, sans réelle unité stratégique dans les décisions économiques ou diplomatiques, le risque d’une désillusion populaire est réel. Certains observateurs parlent déjà d’un “vernis de solidarité”, masquant une réalité où les États continuent de défendre avant tout leurs agendas nationaux. Ce que cela révèle : la souveraineté partagée reste à construire En fin de compte, l’exemple burkinabè et les hésitations nigériennes posent une question politique simple : L’AES peut-elle devenir une alliance stratégique durable sans mettre en place une diplomatie commune structurée ? Pour que l’alliance tienne ses promesses, il faudra aller au-delà des effets d’annonce. Cela impliquera : • De créer des mécanismes institutionnels pour prendre des décisions conjointes en matière d’alliances ; • D’adopter une voix commune sur les grandes questions géopolitiques ; • Et surtout, de faire coïncider les rêves des peuples avec les actes des États. Pour l’heure, les signaux sont contrastés. L’AES, malgré son potentiel, montre déjà ses limites en matière d’action commune. L’histoire dira si ces balbutiements sont ceux d’une alliance en construction… ou les signes avant-coureurs d’une union de façade. La rédaction Akondanews.net
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