Après les décès d’Amadou Gon, Hamed Bakayoko, Amadou Soumahoro, le Nord ivoirien à la recherche d’un nouveau leader RHDP

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 Abidjan le 12 mai 2022- Avec les décès d’Amadou Gon Coulibaly (61 ans), Hamed Bakayoko (56 ans) tous les deux anciens Premiers ministres et tout dernièrement celui d’Amadou Soumahoro (69 ans) qui occupait jusqu’au 7 mai 2022, la fonction de président de l’Assemblée nationale, c’est un pan entier du dispositif politique d’Alassane Ouattara qui s’écroule. Car, dans la structure géopolitique de l’actuel chef de l’Etat ivoirien, le nord occupe une place de choix, pour ne pas dire la première place. Hélas ces illustres disparus sont tous originaires de cette région.

Décédé le 8 juillet 2020 Amadou Gon Coulibaly, fils de Korhogo (capitale de la région du Poro) était la personne sur qui reposait toute la stratégie de survie du Rhdp le parti au pouvoir et son président Alassane Ouattara lui-même. Gon Coulibaly avait été désigné pour succéder à Ouattara dans le fauteuil présidentiel et le projet de sa candidature à l’élection présidentielle de 2020 longtemps caressé. Mais l’attente a tourné en eau de boudin. Gon Coulibaly ayant été rappelé à Dieu, laissant Alassane Ouattara se débrouiller tout seul. Finalement ce dernier qui n’avait pas prévu de plan B a dû se rabattre sur sa propre personne. Le résultat est là, connu, une candidature à la sauvette à l’élection présidentielle qui a fracturé davantage le tissue social déjà à mal.

Alors qu’Alassane Ouattara n’est pas totalement sorti du deuil provoqué par la disparition de son Premier ministre et putatif candidat à la présidentielle, il est obligé de constater une autre grosse perte dans ses rangs : celui d’Hamed Bakayoko. Ce dernier, sécurocrate du pouvoir Ouattara dont il a préalablement assuré le ministère d’Etat ministère de l’Intérieur, puis celui de la Défense, avait été choisi pour succéder à Amadou Coulibaly. Mais presque huit (08) mois après son prédécesseur, Hamed Bakayoko lui aussi mourait. Une triste réalité dont le président Ouattara ne s’est pas encore totalement remis. Et voilà que, son autre compagnon de parcours et de lutte politique, Amadou Soumahoro, décède, le 7 mai dernier. Comme Hamed Bakoyoko, lui aussi fils de Séguéla (Nord, région du Worodougou) dont il était le député, Amadou Soumahoro avait été positionné à la présidence de l’Assemblée nationale. Ce positionnement était stratégique, au cas où le chef de l’Etat serait dans l’impossibilité de gouverner, de même que son vice-président et son Premier ministre, Amadou Soumahoro la quatrième personnalité au plan protocolaire devait hériter du Pouvoir.

(à gauche) Hamed Bakayoko et Gon Coulibaly (à droite), deux ex compagnons d’Alassane Ouattara

Certes le parcours pour y arriver a été allonger par la nouvelle constitution de 2016 , l’ancienne faisait du PAN le dauphin constitutionnel , mais il était toujours rassurant pour Alassane Ouattara d’avoir un bon pion non loin de lui. Et ce pion c’était Amadou Soumahoro, homme dont la loyauté au mentor du Rhdp ne fait aucun doute.

Amadou Gon Coulibaly, Hamed Bakayoko et dernièrement Amadou Soumahoro, toutes ces trois personnalités disparues, représentaient des pions essentiels dans la politique d’Alassane Ouattara. Non seulement pour la survie de son clan au plan national, mais aussi et surtout, pour garder la haute main sur le grand nord. Car, n’oublions pas que la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire a toujours fait l’objet des grands appétits politiques. Chaque chef de l’Etat ou chaque pouvoir rêve d’y avoir ses « hommes et femmes sûrs ». Alors que les partis adverses affûtent leurs armes dans les perspectives électorales, Alassane Ouattara et son parti le Rhdp, auront du mal pour trouver des sérieux remplaçants à ces trois personnalités dont la poigne était redoutée.

Dès lors, le Nord ivoirien , du moins pour ce qui concerne le Rhdp et singulièrement Alassane Ouattara , est en quête d’un nouveau leader. Oui, le Nord ivoirien cherche un véritable leader pour accompagner et soutenir la politique d’Alassane Ouattara. Ce d’autant que ce dernier ne peut plus compter sur Guillaume Soro avec qui il est en bisbille et qu’il a même contraint à l’exil. Soro, lui aussi ancien Premier ministre et ancien président de l’Assemblée nationale aurait pu faire l’affaire. Mais…

De la tradition politique à l’ivoirienne

Il y a des villes ou régions dont l’évocation du nom fait tout de suite penser à un leader local. Cela a toujours été le cas et rien n’y changera. Ce fils ou cette fille, dont le leadership local est reconnu de tous, peut être un riche opérateur économique. Mais la plupart du temps ce sont des présidents d’institution, ministres, directeurs généraux à la tête des sociétés d’Etat ou aussi des inamovibles conseillers du président de la République. Bref, la Côte d’Ivoire est ainsi faite et ses régions sont à son image.

A l’époque du premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny et la tradition a continué sous son successeur Henri Konan Bédié, des patronymes et des noms des grandes familles revenaient souvent quand on évoquait les compagnons ou les lieutenants. A Korhogo pour ne pas dire au Nord, les Coulibaly font l’histoire. Au centre-ouest, notamment à Daloa capitale de la région du Haut-Sassandra, les Séry-Gnoléba, les Bra-Kanon ; dans la région de la Nawa, les Donwahi père et fils, les Zadi (Kessi, Zaourou) ; à l’ouest montagneux, les Koui Mamadou, Gui-Dibo, Kei-Boguinard, Les Bombet ; au centre on a les Brou Emile, Koffi sans oublier les grandes familles des Konan, Kouadio de Yamoussoukro jusqu’à Daoukro en passant par Béoumi, Didiévi, etc. Dans la région des Pont (sud-ouest) les Yacé (Jacquville), Usher Assouan (Grand-Lahou) ; Les Diby, les Agnero, les Wood, les Tiapani ; dans le Gboklê, les Kamano, Tiaco, les Djédjé, les Nimlin, etc. Ces compagnons d’Houhouët-Boigny et de Bédié continuent d’avoir pignon sur rue jusqu’à ce jour. Aucune politique régionale ne se décide sans eux.

C’est pareil pour l’ancien Fpi, aujourd’hui Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPACI) de Laurent Gbagbo. Hubert Oulaye ancien ministre de la fonction publique, Président exécutif du PPACI, Député de Guiglo commune, Guiriélou Emile ancien ministre de l’intérieur, député de Guiglo sous-préfecture, Tchéidé Jean-Gervais député de Bloléquin, Célestin Youté député de Kouibly, Séhi Gaspard préfet hors grade à la retraite ancien Directeur de l’administration territoriale, membre du Conseil stratégique et politique du PPACI. Avec ces personnalités et bien d’autres, Laurent Gbagbo a mis en coupe réglée l’ouest de la Côte d’Ivoire.

Feu Amadou Soumahoro, ancien président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire

L’ancien président ivoirien a aussi comme bastion le centre-ouest d’où il est originaire, son parti politique possède des bonnes entrées dans une grande partie du Sud, du Sud-ouest, du centre-est. Pendant que, Henri Konan Bédié règne sur le centre pour ne pas dire le V Baoulé, ses lieutenants dans cette partie du pays sont Allah Kouadio Rémi, Gnamien Ngoran, entre autres. Le Pdci-Rda son parti, longtemps installé au nord ayant connu un relatif recul dû à deux décennies de crise – fait à nouveau des percée fulgurantes dans le septentrion.

Outre ces régions, le Pdci-Rda possède une base solide dans le Sud, le sud-est avec des grands noms : les Ezaley, les Moulo, etc. Comme on le voit, des noms sont intimement liés à des villes ou régions. Sur quels noms Alassane Ouattara s’appuiera t-il dans le Nord ? Grosse interrogation !

Denzel Bereby

Akondanews.net

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