Algérie -Maroc: Le divorce de trop

La nouvelle rupture des relations  diplomatiques entre Alger et Rabat annoncée par l’Algérie, est le clou qui vient davantage enfoncer la plaie des tensions exacerbées qui ont cours depuis des mois entre les deux pays voisins.

Un vent froid souffle  depuis plusieurs mois entre les deux frères du Maghreb aux relations traditionnellement difficiles depuis des décennies. Sur fond de conflit sur le Sahara occidental. Les raisons de cette mauvaise humeur algérienne sont multiples.

Une série d’épisodes récents ont conduit aujourd’hui à cette rupture. Alger dénonce le soutien de Rabat aux organisations indépendantistes de Kabylie (région berbérophone au Nord du pays, à l’Est d’Alger). Les autorités algériennes accusent le Maroc de les avoir encouragés à réclamer leur droit à l’autodétermination. Durant une réunion virtuelle des pays non-alignés qui a eu lieu à New York les 13 et 14 juillet 2021, l’ambassadeur du Maroc auprès de l’ONU a soumis aux pays membres, une note dans laquelle il a estimé que le peuple kabylie en Algérie mérite « plus que tout autre, de jouir pleinement de son droit à l’autodétermination », « L’Algérie nouvelle » promise par le président Tebboune n’aura pas lieu.

Une déclaration qui n’a pas été du goût du pouvoir algérien. Alger avait alors décidé de rappeler en consultation son ambassadeur à Rabat. Les autorités algériennes ont également accusé, Rabat d’avoir aidé deux organisations, le Mak (Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie) et le mouvement islamiste Rachad, classées comme terroristes par le pouvoir algérien mis en cause, là aussi sans preuves, d’être impliquées dans les incendies meurtriers qui ont ravagé le Nord du pays au début du mois d’août, faisant plus de 90 morts.

Aussi, Alger a très mal pris les propos du chef de la diplomatie israélienne Yaïr Lapid, qui a exprimé, lors d’une visite officielle le 12 août à Casablanca, ses « inquiétudes au sujet du rôle joué par l’Algérie dans la région, son rapprochement avec l’Iran et la campagne qu’elle a menée contre l’admission d’Israël en tant que membre observateur de l’Union africaine (UA) ». Le ministre algérien des Affaires étrangères a accusé la diplomatie marocaine d’être l’instigatrice de ces propos « injustifiables ».

Le Sahara occidental

A la réalité, les raisons des tensions sont bien plus profondes et remontent en 1963, au début des indépendances des deux pays. C’était lors de la « guerre des Sables » à propos du tracé des frontières et qui a laissé des traces.

Lorsque l’Espagne, qui colonisait le Maroc a quitté le pays, Rabat a réclamé la partie du Sahara occidental qui faisait partie du royaume chérifien sous plusieurs dynasties. L’Algérie de son côté a soutenu le mouvement du Front polisario sahraoui qui revendiquait l’indépendance du Sahara occidental. Le 7 mars 1976, le Maroc a rompu ses relations diplomatiques avec l’Algérie après la reconnaissance par Alger de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), autoproclamée par le Front polisario.

Aujourd’hui,  Rabat  qui contrôle près de 80 % de ce vaste territoire désertique (le reste étant contrôlé par le Front polisario), riche en phosphates et avec de fortes ressources maritimes (pêche), propose un plan d’autonomie sous sa souveraineté. Le Polisario continue de réclamer, avec l’appui de l’Algérie, la tenue d’un référendum prévu par l’ONU au moment de la signature d’un cessez-le-feu entre les belligérants en 1991. Toutes les tentatives de règlement du conflit ont jusqu’à présent échoué. L’ONU considère le Sahara occidental comme un « territoire non autonome » en l’absence d’un règlement définitif.

La normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël en décembre 2020, en contrepartie d’une reconnaissance américaine par l’administration Trump de la « souveraineté » marocaine sur le Sahara occidental, a remis de l’huile sur le feu et ravivé les tensions avec l’Algérie, qui a dénoncé des « manœuvres étrangères » visant à la déstabiliser.

Depuis, les offensives diplomatiques des deux côtés de la frontière n’ont pas cessé, le dialogue de sourd a perduré jusqu’à culminer avec cette décision algérienne de rompre les relations.

Sur un autre plan, cet épisode diplomatique peut se lire à travers la grille géopolitique de la région. Les deux pays sont dans une lutte d’influence sur la scène internationale et pour le leadership régional. L’élection du président Tebboune a permis un retour de la diplomatie algérienne. Cela a impliqué la volonté d’Alger de reprendre sa place sur certains dossiers sur le continent, en Libye et au Mali notamment. Et ce pays souhaite aujourd’hui, intervenir dans le Sahel où est présente la force Barkhane bien que sur place en Algérie, le terrorisme continue de dicter sa loi dans certaines parties du pays.

Yves Modeste NGUE

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