Guerre totale contre l’Iran : quand la confrontation avec l’Occident bascule dans l’affrontement systémique

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Les déclarations du président iranien Massoud Pezeshkian selon lesquelles l’Iran serait engagé dans une « guerre totale » contre les États-Unis, Israël et l’Europe ne relèvent ni de l’exagération rhétorique ni d’un simple effet de communication politique. Elles traduisent une perception stratégique désormais assumée à Téhéran : celle d’un affrontement global, multidimensionnel et durable avec l’Occident, dont les instruments dépassent largement le champ militaire.

Une guerre sans front, mais à effets cumulatifs

La confrontation actuelle ne se matérialise pas par des lignes de front classiques. Elle s’inscrit dans une logique de guerre hybride où frappes ciblées, sanctions économiques, isolement diplomatique et guerre financière se combinent pour produire des effets cumulatifs. Les bombardements israélo-américains contre des infrastructures militaires et nucléaires iraniennes, survenus après la guerre de douze jours de juin, ont constitué un seuil critique.

Ces frappes ont non seulement infligé des pertes humaines importantes, mais surtout interrompu le fragile processus de négociation sur le nucléaire iranien engagé au printemps. À partir de ce moment, la logique de dissuasion a cédé la place à une dynamique de coercition assumée.

L’Europe, de médiateur potentiel à acteur de pression

L’un des éléments les plus significatifs du discours iranien réside dans l’inclusion explicite de l’Europe parmi les belligérants stratégiques. En accusant la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne d’avoir initié le rétablissement des sanctions onusiennes, Téhéran acte la fin de toute illusion quant à un rôle autonome de l’Europe.

Cette évolution consacre l’alignement stratégique européen sur la doctrine américaine de pression maximale, relancée depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. L’Europe apparaît désormais, aux yeux de Téhéran, comme un multiplicateur de contraintes plutôt qu’un facteur de stabilisation.

La guerre économique comme arme principale

La pression exercée sur l’Iran est avant tout économique. Les sanctions supplémentaires imposées par Washington visent à asphyxier les ressources financières du pays, notamment en limitant drastiquement ses exportations pétrolières, y compris sur les circuits parallèles. Cette stratégie ne cherche pas uniquement à infléchir la politique nucléaire iranienne, mais à fragiliser structurellement l’État.

Les conséquences sont profondes. La chute historique du rial, désormais proche de 1,4 million pour un dollar sur le marché informel, alimente une spirale inflationniste qui érode le pouvoir d’achat, accentue les inégalités et met sous tension le contrat social. La monnaie devient ainsi un champ de bataille à part entière.

Une comparaison historique révélatrice

Lorsque Massoud Pezeshkian affirme que cette guerre est plus grave que le conflit Iran-Irak, il met en lumière une différence fondamentale. La guerre des années 1980, bien que dévastatrice, reposait sur une confrontation militaire conventionnelle. La crise actuelle, en revanche, s’attaque aux fondations mêmes de la souveraineté iranienne : économie, finance, diplomatie et stabilité interne.

Cette dimension systémique explique la gravité du diagnostic posé par les autorités iraniennes. L’objectif perçu n’est plus seulement de contenir l’Iran, mais de l’affaiblir durablement en tant qu’acteur régional et international.

Vers une recomposition accélérée des alliances

Face à cet encerclement stratégique, l’Iran n’a guère d’alternative que d’approfondir ses partenariats avec d’autres pôles de puissance, notamment la Russie et la Chine, mais aussi certains États du Sud global. Ce réalignement contribue à la fragmentation de l’ordre international et renforce les logiques de blocs antagonistes.

Dans ce contexte, la « guerre totale » décrite par Téhéran n’est pas une perspective future, mais une réalité déjà à l’œuvre. Elle illustre la transition vers un monde où les conflits ne se déclarent plus formellement, mais se déploient par strates successives, jusqu’à redéfinir durablement les équilibres de puissance.

Claude Gbocho, analyste politique et DP d’akondanews

Akondanews.net

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